Queridos amigos,
Dear friends,
Caros amigos,
Chers amis,
Je vous salue fraternellement.
Votre présence dans ma ville épiscopale me rappelle ma participation, en 1997 au Synode de l'Amérique, qui regroupait à Rome quelque 250 évêques provenant de la totalité des 35 pays d'Amérique du Sud, des Caraïbes, des Antilles et de l'Amérique du Nord. À ce Sommet, la délégation des États-Unis et du Canada ne formait qu'une très modeste minorité, dont le poids n'avait rien de proportionnel à l'influence économique des deux mêmes pays dans une éventuelle zone de libre-échange.
En vous voyant depuis trois jours me reviennent à la mémoire les nombreuses interventions des évêques de l'hémisphère sud qui suppliaient leurs collègues du nord d'user de leur influence auprès de leurs gouvernants pour que soient contrées les retombées négatives de la mondialisation. Ce n'est donc pas seulement au nom des 12 millions de catholiques du Québec et du Canada que mes pairs m'ont demandé de prendre la parole ; je le fais aussi par solidarité avec mes collègues évêques de toute l'Amérique. Pour moi, c'était un devoir de conscience de le faire.
Je remercie les responsables du Sommet des Peuples de m'avoir permis de me joindre à la grande chaîne de solidarité que vous formez, pour vous dire combien je partage votre foi en l'égalité des chances pour tous les citoyens et citoyennes à l'intérieur de vos pays respectifs et pour les petites nations à l'intérieur de la grande Amérique.
Les Évêques catholiques du Canada l'ont dit dans leur déclaration dont j'ai été le porte-parole ; ils espèrent que leur message se rendra aux deux Sommets. Je vous en communique l'essentiel. Le voici sous forme de résolution que je déposerai également à l'intention des chefs d'état et de gouvernement au Sommet des Amériques.
Soucieuse du bien-être de toutes les personnes, et particulièrement des plus pauvres, l'Église catholique rappelle que doit s'établir un ordre économique où prime, non pas le profit, mais la distribution équitable des biens, la promotion intégrale des peuples, la sauvegarde des valeurs culturelles locales, le respect absolu de la dignité humaine et des droits inaliénables des personnes, en particulier des femmes, des enfants, des autochtones, la protection de l'environnement et de la nature, la défense des valeurs démocratiques.
Les négociations du libre échange doivent résolument donner priorité à la mondialisation de la solidarité, à l'abolition de l'écart scandaleux entre pays riches et pauvres, à l'annulation de la dette extérieure des pays en voie de développement, à la lutte courageuse à la pauvreté et la violence faite aux femmes et aux enfants, à l'accès de tous à l'éducation et à la santé.
Le libre-échange ne sera réussi que s'il respecte l'équité, la justice, le développement intégral des personnes, l'égalité de tous dans le partage de la richesse collective.
Oui, mondialisons la solidarité !
Let us globalize solidarity !
Mondialisemus solidariedade !
Hay que mundialisar la solidaridad !
Maurice Couture, s.v.
Archevêque de Québec et Primat du Canada