INTRODUCTION
Si vous avez ouvert un journal ou écouté la télé cette semaine, vous avez constaté que le Sommet des Amériques y occupait une place centrale, soit pour décrire les cérémonies entourant les chefs d'États, soit pour relater les affrontements entre manifestants et policiers. Toutefois, cela a-t-il un sens de parler de cet événement dans notre célébration d'aujourd'hui, alors que nous sommes dans le prolongement de la fête de Pâques ?
MONDIALISATION : UN RISQUE, UNE CHANCE
Notre réponse dépend de la signification que nous donnons à cette réalité centrale de notre foi : "Jésus est ressuscité et nous avons la vie en son nom". S'agit-il d'une réalité purement intérieure à chaque individu ? Croyons-nous plutôt que Jésus vivant invite ses disciples à renouveler sans cesse le monde, à le bâtir selon le coeur de Dieu ? Si nous répondons oui à cette dernière question, alors ce qui se passe à Québec cette semaine au Sommet des Amériques nous intéresse au plus haut point.
Il s'agit en effet d'une rencontre qui influencera beaucoup les relations entre les 35 pays des Amériques au cours des années à venir. Le monde devient de plus en plus comme un grand village : ce que je consomme, les informations que je reçois, les personnes immigrantes que je rencontre, les voyages que je fais, tout cela me relie à l'ensemble des peuples du monde.
On appelle cette réalité la mondialisation ou la globalisation : une réalité qui a sans doute des avantages mais qui peut aboutir à des résultats opposés. Des exemples : souvent, elle sert à l'enrichissement de quelques-uns et "devient alors un scandale", disait récemment Jean-Paul II ; souvent aussi elle creuse les inégalités entre riches et pauvres : souvenons-nous qu'une bonne partie des biens que nous consommons ici, sont produits par les gens des pays plus pauvres, souvent pour un salaire de famine. D'autre part, la mondialisation pourrait aussi permettre à la majorité des humains de former une famille plus unie, où les ressources de la terre seraient mieux partagées, où l'on ferait progresser la liberté et le respect des droits de chacun.
Le choix que nous avons à faire pourrait s'exprimer ainsi : ou bien nous adoptons le slogan "de nos jours, tout devient une marchandise", ou bien nous disons C comme nous y invitait récemment le Carême de partage C "la terre est riche de son monde", et plus clairement encore, "la gloire de Dieu c'est l'homme debout". Pour des personnes qui croient que chaque humain est fils ou fille de Dieu, le choix devrait être assez clair
UNE VOIX À FAIRE ENTENDRE
Il est vrai que, lorsque nous abordons ces grandes questions, nous sommes tentés de dire : que puis-je faire ? Je ne suis qu'un simple citoyen sans grand pouvoir et tout se décide au-dessus de nos têtes, par les dirigeants politiques et économiques.
Nos gouvernants ont sans doute de grandes responsabilités. Ils ont été élus pour servir le bien commun avec comme devoir, comme le disait Jean-Paul II, de soumettre les lois du marché sauvage aux lois de la justice et de la solidarité (Discours aux gouvernants du 5 novembre 2000). Le Premier ministre du Canada a lui-même affirmé son intention d'aller dans ce sens, lors du Sommet des Amériques. Ce sont des intentions généreuses, mais en pratique, nous savons que les chefs d'État subissent bien des pressions pour favoriser les puissantes compagnies et les lobbies qui contrôlent le commerce international. C'est pourquoi il faut que des citoyens, seuls ou en groupe, prennent constamment la parole pour rappeler les valeurs auxquelles ils croient. L'expérience montre qu'à la longue, cette voix, même faible, finit par être entendue.
Parmi les groupes qui n'ont pas peur de réaffirmer leurs convictions à l'occasion du Sommet, on compte les Évêques de notre pays qui ont rappelé que tout accord de coopération entre les pays d'Amériques ne peut se limiter à faciliter le commerce. Il doit surtout favoriser des progrès, comme l'amélioration de la condition sociale des femmes et des enfants, le respect de l'environnement, la sauvegarde des droits humains, la promotion de normes de travail plus justes et la réduction de la dette des pays les plus pauvres.
Ces grands objectifs rappelés par les Évêques, des groupes les ont mis sur la place publique en organisant, au cours des derniers jours, des activités de réflexion et de revendication. Il est vrai que quelques-uns de ces groupes suscitent la peur parce qu'ils prônent la violence, mais reconnaissons que la majorité a choisi clairement des moyens pacifiques de se faire entendre. Reconnaissons aussi qu'ils ne font pas que parler, mais qu'ils s'engagent dans des actions concrètes pour améliorer la vie, surtout des plus pauvres du continent.
CONCLUSION
Le Sommet des Amériques sera terminé dans quelques heures, mais il nous reste, à nous disciples de Jésus Christ, beaucoup à faire pour que notre monde soit plus juste et solidaire. Tant mieux si le Sommet des Amériques nous a fourni l'occasion de nous demander : par quels gestes concrets ferai-je progresser la justice et la partage, autour de moi ou à la grandeur du monde ? Autour de nous, des personnes aident des jeunes à trouver un emploi stable, d'autres militent en faveur de la libération des prisonniers politiques, d'autres participent à l'aide internationale, au développement, d'autres militent pour la conservation des ressources naturelles, etc. Les moyens choisis sont diversifiés. L'important, est de croire que cette terre nouvelle, inaugurée par la Résurrection de Jésus, ne se bâtira pas sans nous et qu'elle doit avoir comme fondement la dignité de chaque personne humaine, qui est enfant de Dieu, frère et soeur de Jésus Christ.