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Déclaration de la CECC
en vue du Sommet des Amériques

Conférence de presse / Services diocésains
5 avril 2001

En novembre 1997, s’ouvrait à Rome une assemblée spéciale du Synode des évêques, qui réunissait quelque 250 évêques et une centaine d’invités provenant du continent américain, par conséquent des mêmes pays dont les chefs d’état ou du gouvernement participeront au Sommet de Québec.

Comme membre de cette assemblée synodale, j’étais loin de m’attendre à ce que, moins de quatre ans plus tard, se déroulerait dans mon diocèse, presque à deux pas de ma résidence, une rencontre qui retiendrait une aussi large attention.

Le 22 janvier 1999, le pape Jean-Paul II signait à Mexico un document-synthèse des résolutions votées au synode de 1997, dont plusieurs portaient sur les problèmes soulevés par la mondialisation. C’est dire qu’à l’intérieur de ce texte intitulé « L’Église en Amérique », en lien étroit avec les orientations que s’est donné l’Église catholique en regard de sa mission propre, plusieurs pages traitent des conditions socio-économiques qui affectent lourdement la vie des populations défavorisées du continent. Qu’il me suffise d’énumérer les titres de certains paragraphes :

  • le respect des droits humains,
  • le phénomène de la mondialisation,
  • l’urbanisation croissante,
  • le poids de la dette extérieure,
  • la corruption,
  • le commerce et la consommation de la drogue,
  • la préoccupation pour l’écologie,
  • la course aux armements,
  • la culture de mort dans une société dominée par les puissants,
  • l’exclusion sociale,
  • les droits des autochtones,
  • la problématique des immigrés.

Autant d’enjeux dont le Sommet de Québec nous fait prendre une conscience plus vive.

La conférence des évêques catholiques du Canada ayant pris une part très active à la préparation et à la tenue du Synode de l’Amérique, elle se devait de « manifester » à sa manière à l’occasion du Sommet de Québec : elle le fait aujourd’hui en manifestant les préoccupations qu’elle porte en solidarité avec les autres Conférences épiscopales du continent. Vous ne serez donc pas étonnés que son message, que nous rendons public ce matin, s’inspire largement du document « L’Église en Amérique », de même que d’une lettre ouverte qu’adressait récemment aux parlementaires canadiens la Commission des affaires sociales de la Conférence. Je signale, en passant, que nos préoccupations rejoignent celles du Conseil canadien des Églises qui rendra public bientôt, si ce n’est déjà fait, sa prise de parole sur le même sujet, ainsi que celles de la Conférence canadienne des Religieuses et Religieux, dont le message était publié récemment. (Texte de la CRC disponible)

Vous avez compris que notre intervention d’aujourd’hui, n’alimentera guère la psychose créée par les dispositifs de sécurité dans le Vieux-Québec - même si je les ai personnellement sous les yeux - , ni la chronique des violences appréhendées dont les médias nous inondent depuis quelques semaines, faute peut-être d’une transparence plus grande qu’on souhaiterait de la part des organisateurs du Sommet, mais faute aussi d’une information substantielle sur les enjeux du Sommet. Nous espérons y contribuer par notre intervention.

Après une bienvenue aux participants des deux Sommets, tant ceux des chefs d’état et de gouvernement qu’à ceux du Sommet des peuples - je participerai au premier lors d’une célébration de prière œcuménique qui portera à la conscience des chefs d’état et de gouvernement les préoccupations des évêques du Canada et je compte pouvoir m’associer de quelque manière aux activités du second - notre message s’attaque au cœur des enjeux du Sommet des Amériques : la mondialisation.

La mondialisation, comme simple fait socio-économique, marque le tournant du millénaire, de même que l’industrialisation a caractérisé le tournant du siècle précédent : l’une et l’autre sont les résultats du progrès technique et de la productivité. Mais alors qu’on n’a pas fini de contrer les excès du libéralisme économique qui a présidé au développement de la grande industrie, la société contemporaine, en Amérique principalement, est confrontée au néo-libéralisme, cette conception économique qui considère le profit et les lois du marché comme des paramètres absolus, au détriment de la dignité et du respect de la personne et du peuple. Dans l’optique néo-libérale, tout devient marchandise, non seulement le capital et les biens matériels qu’il produit, mais aussi les biens vitaux que sont le travail, la santé, l’éducation, la qualité de l’environnement, même l’eau potable. Dans une société compétitive à outrance, où la guerre commerciale l’emporte sur la volonté de créer la richesse commune, l’exclusion des plus faibles devient inévitable, qu’il s’agisse des citoyens plus pauvres à l’intérieur de leur pays, ou des pays plus pauvres à l’intérieur du continent.

Dans ce contexte, on est en droit de mettre en doute les prétendues